D'où viennent vraiment les couleurs des chakras ?
Rouge à la base, orange au sacrum, jaune au plexus, vert au cœur, bleu à la gorge, indigo au troisième œil, violet au sommet du crâne. Cette palette arc-en-ciel, presque tout le monde qui pratique le yoga aujourd'hui la connaît par cœur.
Elle ne vient pas des textes anciens.
Une origine récente
Le système à sept couleurs prend forme au tournant du vingtième siècle, dans les cercles théosophiques — un mouvement fondé en 1875 à New York par Helena Blavatsky, qui cherchait à faire la synthèse entre spiritualité occidentale, science et traditions orientales, souvent réinterprétées à travers ce prisme. Charles Webster Leadbeater, l'une des figures du mouvement, publie en 1927 The Chakras, où il décrit les centres énergétiques comme des roues de lumière colorée. C'est ce texte, plus que les traités sanskrits eux-mêmes, qui fixe l'image que la plupart des gens ont aujourd'hui.
Le New Age reprendra et diffusera cette version dans les décennies suivantes, en l'associant aux cristaux, aux pierres, aux couleurs de l'aura. Le succès populaire de cette esthétique a fini par recouvrir presque entièrement ce que les textes originaux décrivaient.
Ce que disent les textes traditionnels
La source la plus précise sur le sujet est un texte sanskrit du seizième siècle, le Sat-Cakra-Nirupana, traduit et commenté par l'indianiste Tara Michaël dans Corps subtil et corps causal. Et la palette qu'il décrit n'a rien d'un dégradé arc-en-ciel.
Le premier centre, à la base du corps, est associé au rouge écarlate. Le second, au niveau du sacrum, au vermillon — proche du rouge, mais pas le même rouge, et surtout pas l'orange qu'on lui prête aujourd'hui. Le troisième, au nombril, est gris plombé, presque noir. Le quatrième, au cœur, revient à un rouge vermillon plus sombre. Le cinquième, à la gorge, est décrit comme gris fumée, parfois même transparent. Le sixième, entre les sourcils, est blanc, irisé par endroits. Le dernier, au sommet du crâne, est le seul à rassembler plusieurs teintes à la fois — mais pas en dégradé : le texte parle de mille pétales rassemblant toutes les couleurs simultanément, une profusion plutôt qu'un spectre ordonné.
Aucune trace de la progression rouge-orange-jaune-vert-bleu-indigo-violet. À la place : du gris, du noir, du blanc, plusieurs nuances de rouge, et une explosion finale plutôt qu'un camaïeu logique.
Ces couleurs ne sont pas décoratives. Chacune est associée à un élément (terre, eau, feu, air, éther), à une divinité précise, à des lettres sanskrites, à un diagramme géométrique — un système entier de correspondances construit pour la méditation et la visualisation, pas pour faire joli sur une affiche.
La différence n'est pas cosmétique. Le système traditionnel décrit une physiologie subtile pensée pour la pratique — respiration, concentration, méditation — pas pour une palette décorative.
Pourquoi ça compte
Ce n'est pas une question de couleur qui a plus ou moins raison. C'est une question de ce qu'on transmet quand on enseigne. Un système simplifié à l'extrême, pensé à l'origine pour rendre une tradition complexe digestible pour un public occidental du début du vingtième siècle, a fini par remplacer la tradition elle-même dans l'imaginaire collectif.
Revenir aux textes, ce n'est pas rejeter cent ans d'histoire du yoga en Occident. C'est simplement remettre le fruit à la place de la confiture.
Marjorie Mathieu — IFSU Équilibre
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